L’artiste photographe et la photographie artistique
À l’origine, mes images étaient réalisées exclusivement en argentique, sans filtres, associées à des Polaroids SX-70 modifiés manuellement puis agrandis. Cette innovante approche a posé les bases de mon travail en tant qu’artiste photographe, où la photographie artistique devient un espace d’expérimentation et de matière.
Ce procédé fondateur a profondément structuré mon regard et ma manière d’aborder l’image.
Le Polaroid SX-70, dont l’émulsion demeure « liquide » pendant plusieurs dizaines de minutes après la prise de vue, permettait une intervention directe sur l’image : pression, pincement, frottement, variations thermiques.
Par ce travail manuel, l’image se déplaçait, se transformait, jusqu’à atteindre un état proche de l’aquarelle, sans aucun apport de peinture.
Le Polaroid SX-70 n’étant plus produit aujourd’hui, je poursuis ce travail de photographie artistique en numérique, tout en respectant strictement le format carré, l’esprit et les principes esthétiques du procédé originel.
L’image (carrée) est modifiée selon une approche équivalente à celle pratiquée sur le Polaroid, fidèle à l’intention initiale : non pas « travailler » l’image au sens décoratif ou illustratif, mais la révéler, la déplacer légèrement hors du réel pour en faire émerger l’essence, dans une démarche pleinement assumée d’artiste photographe.
De la même manière, les images de l’artiste photographe dites « traditionnelles » ont évolué de l’argentique vers le numérique.
Ces photographies, toujours rectangulaires, conservent une exigence constante : aucune retouche, aucun artifice : le sujet tel quel.
Lorsque mes images semblent picturales, cette impression résulte uniquement du cadrage et du sujet choisi, jamais d’un ajout de filtre (hormis — parfois — un filtre polarisant) ou d’effets numériques, conformément à une approche exigeante de la photographie artistique.
Toutes les œuvres sont signées et tirées en éditions strictement limitées à quinze exemplaires, tous formats confondus, afin de préserver leur caractère rare.
Veuillez me contacter pour connaître les tirages disponibles ainsi que leur prix.
Un texte de Truman Capote, extrait de Les Chiens aboient (Gallimard), exprime avec une justesse particulière ma façon de regarder et de choisir une image :
« La réflexion de la réalité en est l’essence, plus vraie que la réalité.
Quand j’étais enfant, je jouais un jeu d’images. J’observais, par exemple, un paysage : des arbres et des nuages et des chevaux qui se promenaient dans les herbes. Je sélectionnais alors un détail de ce panorama — disons l’herbe recourbée par la brise — et je le cadrais. Ainsi ce détail devenait l’essence du paysage et il contenait — de même que le prisme peut contenir un microcosme — la véritable atmosphère de ce panorama qui était autrement bien trop vaste pour être saisi d’un seul regard.
Ou, si j’étais dans une pièce inconnue et je voulais comprendre cette pièce ainsi que la nature de ses occupants, je la parcourais d’un œil à la fois erratique et aux aguets jusqu’à ce qu’il y découvre quelque chose — une coulée de lumière, un piano qui tombe en ruine, un motif dans le tapis — qui semblait contenir en elle‑même le secret de l’ensemble.
L’art tout entier est fait d’un détail ainsi isolé, soit imaginaire, soit (…) distillat de la réalité. »


































